Depuis plusieurs décennies, les chercheurs en pédagogie et en sciences de l’éducation s’accordent pour dire que le jeu est bien plus qu’un simple divertissement. Chez les enfants, il constitue un levier essentiel du développement cognitif, susceptible d’améliorer la concentration, la mémoire et la régulation émotionnelle.
La notion de « motivation intrinsèque » joue un rôle clé. Lorsqu’un enfant s’adonne à une activité ludique, c’est souvent par plaisir, non par contrainte. Cette motivation volontaire favorise une attention soutenue et durable. Le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi décrit ce phénomène par le concept de « flow », un état de concentration optimale que les enfants atteignent plus facilement dans un contexte de jeu libre ou structuré¹.
Les recherches menées à l’Université de Cambridge ont par ailleurs montré que le jeu stimule la capacité des enfants à maintenir leur attention sur une tâche précise. Le professeur David Whitebread, spécialiste du développement de l’enfant, souligne que le jeu libre encourage la maturation de l’autorégulation, compétence étroitement liée à la concentration².
Le lien entre jeu et fonctions exécutives est également bien documenté. Ces fonctions — qui regroupent la mémoire de travail, la flexibilité cognitive et l’inhibition — permettent à l’enfant de planifier ses actions, de résister aux distractions et de s’adapter aux imprévus. Le psychologue Philip Zelazo a mis en évidence que les jeux impliquant des règles ou des changements de rôle renforcent significativement ces compétences fondamentales³.
Dans les environnements scolaires, cette dynamique est de plus en plus prise en compte. Les pédagogies alternatives, telles que Montessori ou Reggio Emilia, intègrent le jeu dans les temps d’apprentissage. Elles permettent à l’enfant de choisir librement ses activités, ce qui augmente son engagement et sa concentration. Même dans les écoles traditionnelles, l’intégration de pauses ludiques dans la journée favorise une meilleure attention en classe.
À la maison, les parents peuvent également soutenir ce processus. Permettre à l’enfant de choisir ses jeux, alterner entre jeux libres et dirigés, éviter d’interrompre une séance de jeu concentrée, ou encore jouer avec son enfant sont autant de pratiques bénéfiques. Ces moments partagés ne sont pas seulement agréables : ils participent activement à la construction des compétences attentionnelles.
En conclusion, le jeu ne doit pas être perçu comme un simple passe-temps. C’est une activité fondamentale du développement de l’enfant, qui contribue à renforcer sa concentration et sa capacité à apprendre. En intégrant davantage de jeu dans le quotidien — notamment sans recours aux écrans — les parents posent les bases d’un apprentissage serein, durable et équilibré.
¹ Csikszentmihalyi, M. (1990). Flow: The Psychology of Optimal Experience. Harper & Row. ² Whitebread, D. et al. (2012). The importance of play. University of Cambridge. ³ Zelazo, P.D. (2006). The development of executive function in early childhood. Monographs of the Society for Research in Child Development.